Mars, le mois de l’Égalité ! 3 questions à …


En mars, la ComUE Léonard de Vinci donne la parole à Marie-Gersande Raoult, chargée de mission Vie Étudiante à l’Université de Limoges et à Stéphane Bikialo, vice-président à l’égalité entre les femmes et les hommes à l’Université de Poitiers, qui par leurs actions s’engagent dans la lutte contre les discriminations faites aux femmes et la promotion d’une égalité réelle entre les femmes et les hommes.

 

Marie-Gersande Raoult, chargée de mission Vie Étudiante à l’Université de Limoges

1/ Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis actuellement chargée de mission Vie Étudiante à l’Université de Limoges et poursuis en parallèle des activités de recherche sur l’identité féminine et plus largement sur les gender studies appliquées à la littérature, à la presse et à l’art photographique. Je suis docteure en littérature française. Ma thèse soutenue en 2011 portait sur le thème « Perversion et subversion dans les romans de Rachilde et de Jean Lorrain (1884-1906) : Une esthétique de la décadence ». Je participe régulièrement à des colloques, notamment en Amérique du Nord où la thématique du genre est très prisée et je publie des articles sur le sujet dans des revues et ouvrages.

Je fais partie de plusieurs réseaux de chercheurs comme « Women in French » aux États Unis, et je suis Directrice de la section Europe du Réseau de recherche international ALEC pour lequel je vais prochainement lancer – en lien avec la directrice  Dominique Gay-Sylvestre, Professeure émérite  des Universités – un appel à contribution pour la revue TraHs sur le thème « Les femmes qui pensent ne sont pas (toutes) dangereuses » pour reprendre et détourner le titre de l’ouvrage de Stefan Bollman. Je travaille également à d’autres projets de publication sur le thème Femme(s) et Maternité.

2/Le mois de mars est riche en évènements et célébrations dédiées aux droits des femmes, comme la journée internationale des droits des femmes. Que pensez-vous de cette journée ?

Pour ma part je ne suis pas fan de ce type de journée qui à mon sens renvoie au fait que  les 364 autres jours de l’année n’appartiendraient pas à la femme… Mais pourtant c’est bien une réalité; la femme est encore trop souvent reléguée au rang de « 2ème sexe ». Le sexisme même en France est encore bien ancré. Cette journée se doit donc de mettre en exergue le manque d’équité encore criant qu’il existe entre les deux sexes ici et ailleurs, mais aussi de faire la lumière sur celles qui défendent les droits de la femme, ces engagées qui œuvrent pour la fin des rapports de pouvoirs institués pas les normes de genre, tout en respectant le principe d’égalité. Le vrai féminisme est celui qui défend le paradigme de l’équité des sexes et non pas celui qui cherche à inverser le rapport dominant/dominé, celui par lequel la femme chercherait à devenir le sexe fort. Mais ce n’est que mon avis…

3/ Quel sont les enjeux de l’égalité et du féminisme que vous identifiez et que vous aimeriez travailler à trois établissements (UP, UL et ISAE-Ensma) ?

Les enjeux se situent au niveau de la politique d’égalité professionnelle mais plus largement de la lutte contre le sexisme ambiant. Il faut travailler sur les mentalités pour déconstruire les rôles dits de genre et sortir de la dichotomie masculin/féminin. Il est important de sensibiliser la communauté étudiante au fait que la différence de sexe ne peut constituer un prétexte à une différence de traitement. Ne pas être dans un combat agressif mais plutôt – à la manière d’Olympe de Gouges et de tant d’autres féministes injustement oubliées – dans la quête de l’équité la plus totale que ce soit dans sa vie personnelle comme professionnelle. Nos étudiants sont avant tout des citoyens qui doivent intégrer et véhiculer cette valeur fondamentale. En tant qu’établissement nous devons contribuer à leur inculquer cette valeur au quotidien que ce soit dans le cadre de leurs études comme dans celui de leur vie d’étudiant. 

 


Stéphane Bikialo, vice-président à l’égalité entre les femmes et les hommes à l’Université de Poitiers

1/ Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis professeur de langue et de littérature françaises à l’Université de Poitiers, et travaille sur le discours littéraire et politique contemporains. J’ai été nommé par Yves Jean Vice-président à l’égalité entre les femmes et les hommes et à l’université citoyenne en septembre 2014. Yves Jean a en effet décidé d’engager l’Université de Poitiers dans une promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes, donc d’une lutte contre les discriminations à l’égard des femmes, ce qui s’est d’abord traduit par le vote de la « Charte pour l’égalité dans les universités » par le Conseil d’Administration en avril 2015. Cette charte s’engage à « prévenir, et à lutter contre, toute forme de violence et de harcèlement par la création d’une cellule de lutte contre le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles, le sexisme et l’homophobie », à « rédiger les documents administratifs et des textes où figurent le féminin et le masculin, ou par défaut des formes épicènes, et ne comportant pas de formulation discriminante pour l’un ou l’autre sexe, et à utiliser des outils de communication non sexistes, non discriminants, non stéréotypés », à « publier annuellement un état des lieux statistique sexué sur tous les aspects de la vie de l’établissement et organiser la discussion sur ces données » ; à « organiser des journées de sensibilisation sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes auprès des étudiant-e-s comme du personnel » et « à mettre à disposition des personnels des sources documentaires sur les questions d’égalité entre les femmes et les hommes ». Petit à petit donc, je mets en œuvre cette charte au sein de l’Université de Poitiers.

2/ Le mois de mars, et particulièrement les deux journées internationales symboliques : 8 mars : Journée de Lutte pour les Droits des Femmes et 21 mars : Journée pour l’Élimination de la Discrimination Raciale, sont l’occasion de mettre en lumière les thématiques de l’égalité et de la lutte contre les discriminations . Que pensez-vous de ces journées ?

Je trouve ces dates, comment dire… utiles, en particulier dans la mesure où elles permettent de s’insurger contre le fait même qu’elles aient encore besoin d’exister ! Historiquement, ces journées sont liées à des enjeux précis : journée de manifestations pour l’obtention du droit de vote pour les femmes pour le 8 mars, et commémoration du 21 mars 1960 où la police tua 60 personnes qui manifestaient contre l’apartheid. Le droit de vote a été obtenu, l’apartheid a été aboli, mais les discriminations à l’égard des femmes et des personnes racisées persistent.

Que les droits de 50% de la population mondiale ait besoin d’une journée symbolique pour être rappelés, c’est évidemment scandaleux. Mais pour toutes les personnes féministes – c’est-à-dire qui défendent l’égalité entre les femmes et les hommes chaque jour de l’année, cette date – comme d’autres, en particulier le 25 novembre (« journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ») sont des moyens de mettre en lumière comme vous dites, de rendre visibles ces luttes et l’actualité de ces luttes.

3/ Quel sont les enjeux de l’égalité et du féminisme que vous identifiez et que vous aimeriez travailler à trois établissements (UP, UL et ISAE-Ensma) ?

 L’enjeu principal me semble être la lutte contre les violences faites aux femmes : agissements sexistes, harcèlement moral et sexuel. Quand on compare les quelques cas isolés qui remontent dans chacune de nos structures aux chiffres dans la société ou à l’enquête ESSIMU menée dans 6 universités québécoises sur les violences sexuelles en milieu universitaire (dans laquelle 36% des personnes interrogées disent avoir été victimes de violences sexuelles), on constate à quel point nous ne savons pas encore assez encourager ou écouter la dénonciation de ces violences. On est encore au début de la mise en place de dispositifs d’écoute, il faut faire en sorte que le maximum de personnes soient formées à recevoir la parole des victimes ou à détecter des situations de violence. ll faut que nous arrivions à diffuser le message de « tolérance 0 » que nous faisons passer à l’Université de Poitiers, aussi bien auprès des victimes (pour qu’elles se sentent protégées par l’Université), que des potentiels agresseurs ou auteurs d’agissements sexistes (notamment ce sexisme ordinaire qui passe par des paroles qu’on euphémise encore trop souvent en les jugeant « un peu lourdes » ou « déplacées » alors qu’elles sont inacceptables et ne doivent plus être relativisées car elles sont un premier stage de violence ou de harcèlement). Nos trois structures ont tout à gagner à croiser nos expériences et le mode opératoire que nous mettons en place (à partir de la circulaire du 9 mars 2018 relative à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans la fonction publique).

 

  • La  rubrique « Egalité femmes-hommes » sur le site internet de l’Université :  
    Cette rubrique regroupe un certain nombre d’informations sur l’Université de Poitiers (actions réalisées au sein de l’Université, état des lieux chiffré, recherches et formations sur le genre, événements culturels…) mais se veut aussi site de ressources (organismes partenaires pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, informations diverses sur les congés maternité et paternité, etc.).
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