Open Badges



Open Badges : une initiative pour la reconnaissance des compétences

L’Open Badges est un dispositif numérique qui se présente sous forme d’icône et qui est utilisé pour confirmer l’acquisition d’aptitudes, de connaissances ou de compétences. Son objectif est de permettre la création et la gestion d’un portefeuille de certifications et de reconnaissances en fonction de ce que l’on a appris tout au long de sa vie, dans un cadre formel d’enseignement aussi bien que dans ses loisirs, ses études autonomes ou son bénévolat…
Pour un savoir plus sur les badges :
  1. Rencontre avec Serge Ravet pour mieux comprendre les Open-Badges
  2. Biographie
  3. Conférence :  téléchargez le document Les Open-Badges sont-ils solubles dans le système éducatif français ? Ou réciproquement ? et visionnez la vidéo.

  1. Rencontre avec Serge Ravet pour mieux comprendre les Open-Badges

Qu’est-ce qu’un Open-Badge ?

D’un point de vue technique, un Open Badge est une image numérique dans laquelle sont enregistrées un certain nombre d’informations, ou métadonnées, dont les principales sont :

  • l’identité du récepteur du badge ;
  • celle de l’émetteur;
  • les critères d’attribution du badge ;
  • les preuves justifiant de son attribution.

Ainsi, pour reconnaître la compétence d’une personne, on inscrit dans l’image l’identité de l’entité qui reconnaît la compétence, celle dont la compétence est reconnue et bien sûr la description de la compétence et les preuves qui ont permis de la reconnaître. Au-delà de la compétence, le même mécanisme peut être utilisé pour reconnaître les réalisations, engagements, projets ou valeurs d’une personne comme d’un groupe. Ce que l’Open Badge offre de plus par rapport à des simples badges numériques ou des diplômes et certificats papier est un standard technique ouvert           (« Open ») et l’impossibilité de les falsifier.

Comment sont nés les Open Badges ?

L’idée des Open Badges est née de la rencontre des fondations Mozilla et MacArthur avec les travaux de recherche d’Erin Knight, la fondatrice du projet Mozilla Open Badges en réponse à la question : comment reconnaître les apprentissages informels ? On sait reconnaître les apprentissages formels (diplômes, certificats, etc.) mais comment rendre compte des apprentissages dans la vie de tous les jours, les activités professionnelles ou associatives. Comment les rendre visibles et les valoriser ?

Pour la petite histoire, c’est dans la ville de Barcelone, lors d’un festival de la fondation Mozilla, que les bases de la conception des Open Badges ont émergé.

Quels sont les apports des Open Badges?

Le premier apport des Open Badges a été de poser la question de la reconnaissance et d’y répondre par une technologie à la fois simple et innovante totalement dédiée à son objet. Nous avons un objet technique dont l’objet est la reconnaissance. Un Open Badge n’est rien d’autre que la capture dans un objet technique, une image et ses métadonnées, d’une reconnaissance.

C’est une avancée radicale par rapport aux technologies développées à ce jour, en particulier le ePortfolio qui lui aussi a pour vocation de rendre visible et reconnaître les apprentissages. Avec le ePortfolio on se pose de nombreuses questions : est-ce un portfolio d’apprentissage, de compétence, de présentation de ceci ou de cela ? Quelle plate-forme choisir ? Que se passe-t-il lorsque les apprenants quittent l’institution éducative qui héberge le ePortfolio ? Mais aussi les questions qui dérangent : si le ePortfolio était aussi merveilleux que certains veulent bien le dire, pourquoi tout le monde n’en n’a-t-il pas un ? Et pourquoi l’immense majorité des étudiants cessent-ils de les utiliser une fois l’institution éducative quittée ? Pourquoi si on leur laisse le choix préfèrent-ils utiliser WordPress, un outil de blog et de création de sites Web plutôt que Mahara, une plate-forme conçue spécifiquement pour éditer des ePortfolios et qui est largement diffusée dans les institutions éducatives ?

Les Open Badges permettent de dépasser nombre questions qui parasitaient jusque-là les pratiques de la reconnaissance fondées sur l’usage d’outils numériques telles les plates-formes ePortfolio. Cela ne veut pas dire que les pratiques ePortfolio sont obsolètes, mais qu’elles disposent désormais de nouveaux outils qui permettent de repenser ce qu’est un ePortfolio, mais aussi les pratiques associées. Du portfolio silo fermé sur la narration de soi, les Open Badges permettent de penser le portfolio comme un objet co-construit par les différentes parties prenantes, comme émetteurs et récepteurs de badges, générant ainsi des portfolios connectés en réseaux, à la fois individuels et collectifs, en même temps narration de soi et narration collective.

L’autre aspect des Open Badges, que nous commençons tout juste à reconnaître, est leur propriété de rendre visible les reconnaissances, qu’elles soient formelles (les badges sont utilisés pour délivrer des diplômes et certificats infalsifiables) mais aussi informelles. Rappelez-vous, les Open Badges ont été inventés pour rendre visibles et reconnaître les apprentissages informels, mais à l’époque, bien que non-dit de façon explicite, la reconnaissance attendue était celle des institutions d’éducation formelle. L’idée d’utiliser les Open Badges pour rendre visibles les reconnaissances informelles était à mille lieues des préoccupations de ses initiateurs.

La propriété de rendre visibles les reconnaissances informelles et plus seulement formelles ouvre ainsi un nouvel espace dans les pratiques de reconnaissance, en particulier en donnant à chacun la capacité de reconnaître, d’être reconnu comme agent reconnaissant, et pas simplement en quête de reconnaissance institutionnelle. C’est le sens du projet MIRVA (Making Informal Recognition Visible and Actionable) un projet Erasmus+ dans lequel nous allons explorer les conditions pour tenter de mettre sur un pied d’égalité reconnaissances informelles et formelles.

Techniquement, est-ce que les Open-Badges sont des outils sûrs ?

Comme objets techniques, les Open Badges sont un sous-ensemble de la classe des Verifiable Claims, c’est-à-dire des informations numériques relatives à une entité dont on peut dire avec certitude que leur contenu est authentique et n’a pas été modifié par une tierce partie. Toute tentative d’en modifier le contenu (par exemple changer l’identité du récepteur) rendrait le badge invalide lors de sa vérification au moment de sa lecture. Par ailleurs l’identité du récepteur du badge étant cryptée, c‘est pratique si l’on voulait créer un CV qui soit à la fois 100% vérifiable et 100% anonyme.

Quelles compétences ou réalisations peuvent représenter les Open-Badges?

Un Open Badge peut être utilisé pour reconnaître toutes sortes de compétences ou réalisations (et bien d’autres choses encore !), celles d’un médecin comme d’un cariste, la construction d’un pont comme la confection d’une tarte. Ce qui est intéressant avec le badge ce n’est pas seulement qu’il peut reconnaître des tas de choses différentes, mais les processus de reconnaissance que l’on peut y associer. Par exemple, pour attribuer un badge à une personne, on peut mettre en place un processus dans lequel la personne commence par faire une demande de badge, reçoit un formulaire qui demande certaines informations et les preuves requises, puis la demande est envoyée à x personnes ayant déjà le même badge ou un badge leur donnant le droit de valider une demande pour ce badge. Ainsi, une communauté peut s’organiser pour délivrer des badges à ses membres pour reconnaître leur engagement, contributions ou compétences acquises sans avoir à passer par une autorité constituée. La communauté devient une autorité souveraine.

On peut aussi délivrer des badges collectifs, comme par exemple un badge qui serait donné à toutes les personnes ayant contribué à la construction d’un pont ou participé à une conférence. Ces badges collectifs ne disent rien des compétences propres aux personnes qui les reçoivent, mais une fois mis en relation avec d’autres badges correspondant à d’autres réalisations, participations mais aussi de compétences, il est possible d’en inférer des informations utiles comme des centres d’intérêts, l’engagement dans son développement professionnel, l’assiduité, la participation ou les contributions à une communauté, etc. Ainsi, pour mesurer pleinement la valeur d’un badge, il est nécessaire de le situer au sein d’une collection d’autres badges, reçus et émis, de rendre compte des relations qu’il établit avec d’autres personnes, idées, compétences, communautés, institutions ou organisations.

Finalement, on peut aussi créer son propre badge et demander à d’autres de l’endosser. Ainsi je peux créer mon badge de plombier, y ajouter des preuves de mes réalisations, puis demander à des personnes pour qui j’ai fait des travaux de l’endosser. Un jour, si je le souhaite, je devrais pouvoir aller à la chambre des métiers et demander l’endossement de mon badge. Elle pourra me demander des preuves supplémentaires, voire passer un stage de qualification, mais j’aurais avec moi tous mes acquis facilitant ainsi leur reconnaissance et leur validation.

En quoi le Créathon du 9 octobre 2017 organisé par l’Université Confédérale Leonard de Vinci et l’ESENESR vous a-t-il intéressé ?

J’ai été très heureux de constater que les participants utilisaient avec aisance la notion de reconnaissance et comprenaient son articulation avec celles de validation, certification ou accréditation. L’idée qu’une reconnaissance informelle n’est pas une forme inférieure de reconnaissance semble avoir commencé à faire son chemin ainsi qu’en témoignent plusieurs badges créés à cette occasion.

Par exemple, pour reconnaître les compétences entrepreneuriales, le premier réflexe a été de penser « badge entrepreneur » délivré par l’université sur la base d’un référentiel, puis en prenant conscience qu’un tel badge se placerait dans le « quadrant de la conformité » les concepteurs du badge se sont demandé ce qu’il faudrait faire pour le sortir de là et le faire glisser en direction quadrant « pouvoir agir ». Vient alors l’idée de créer un badge qui porterait le nom du projet de l’étudiant, donc un badge très individuel, qui servirait de guide pour construire son projet, accumuler les preuves de sa capacité à le monter, un badge qui contiendrait toutes les données pour ensuite aller voir son banquier, des investisseurs ou des clients potentiels (n’oublions pas les travailleurs indépendants !).

Quel est l’avenir des Open Badges ?

Les badges vont probablement se développer dans deux directions principales : améliorer les outils de reconnaissance actuels, sans rien changer de significatif aux pratiques, comme utiliser leur propriété pour délivrer des certificats et diplômes traditionnels qui deviendraient grâce aux badges à la fois vérifiables et infalsifiables, mais aussi faciliter la délivrance de mini ou micro-certifications. L’autre direction, celle de l’innovation sera de réaliser des choses qui n’étaient pas possibles avant l’invention des Open Badges, je pense en particulier à la possibilité de mettre sur un pied d’égalité les reconnaissances informelles, non-formelles et formelles, ou pour le moins créer un continuum entre elles.

De ce point de vue, l’expérience d’IBM est exemplaire, avec d’un côté la mise en œuvre des Open Badges pour les formations clients et des résultats spectaculaires en terme de participation et d’engagement, mais aussi la décision récente de Northwestern University de reconnaître les badges délivrés par IBM pour accéder à des qualifications académiques.

Les Open Badges chez IBM

Fort de cette première expérience en 2016, c’est l’ensemble de la gestion du développement des ressources humaines d’ IBM qui en 2017 commence à s’organiser autour des Open Badges.

Dans le monde d’IBM où les technologies évoluent en permanence, les référentiels de compétence métiers peuvent devenir rapidement obsolètes. Où est le référentiel métier des data scientists, où sont les formations et les organismes certificateurs ? En revanche nous connaissons des data scientists, et si nous savons où en trouver un, il est probable que celui-ci en connaisse d’autres, ou des collègues qui sont prêts à investir pour le devenir. De la connaissance d’un professionnel à sa reconnaissance il n’y a qu’un Open Badge !

Les badges nous aident à rendre compte de ces compétences émergentes et il est possible d’envisager, à la manière d’Open Street Map, que les référentiels de compétence métiers et sectoriels de demain s’établissent de façon ascendante à partir de la mise en relation de badges construits à partir du terrain.

De même qu’Open Street Map n’a pas rendu obsolète l’IGN, les badges ne rendront probablement pas obsolète des organisations qui travaillent à la définition de référentiels de compétence. En revanche elles bénéficieront de sources en temps réel pour rendre compte des compétences émergentes et déclinantes.

Et maintenant?

Le potentiel des Open Badges semble infini et nous avons à peine commencé son exploration. Pour aller plus loin, à la suite de la Déclaration de Bologne pour une Reconnaissance Ouverte  publiée en 2016, un réseau international s’est mis en place sous le nom de Open Recognition Alliance et « Reconnaître – Open Recognition Alliance » son chapitre francophone. En 2017, à l’occasion du premier anniversaire de la nouvelle déclaration de Bologne, ce réseau a déclaré le 25 Octobre Journée Internationale de la Reconnaissance Ouverte (Open Recognition Day) qui sera aussi la première journée de la conférence ePIC  (15 ème édition). L’occasion de lancer le projet MIRVA (Making Information Recognition Visible and Accessible) qui servira de fil directeur pour les futures activités de Reconnaître durant les prochaines années.

 

      2.Biographie de Serge Ravet

Serge Ravet a consacré l’essentiel de sa vie professionnelle à explorer la contribution des technologies numériques au développement du pouvoir d’agir des personnes et des communautés ainsi qu’à leur impact sur l’innovation éducative et sociale. La problématique de la reconnaissance est au coeur d’un travail qui l’a amené à explorer à travers plus de 30 projets internationaux le portfolio (1994), le ePortfolio (2003), la construction de l’identité (2003), la confiance (2007) et, plus récemment, les Open Badges (2012) et l’Open Recognition (2016).

Lauréat en 2015 du Digital Media Learning Trust Challenge, le prix attribué par la Fondation MacArthur a permis de développer l’Open Badge Passport avec Discendum (Finlande) puis de publier la Bologna Open Recognition Declaration lors de la 14eme conférence ePIC dont il est le directeur depuis 2003. En 2017 il participe à la création de Reconnaître – Open Recognition Alliance, une association pour la reconnaissance ouverte et obtient le financement du projet Erasmus+ MIRVA (Making Informal recognition Visible and Accessible) pour concrétiser la vision de la Déclaration de Bologne pour une Reconnaissance Ouverte.

Auparavant, Serge Ravet avait créé un cabinet de conseil dans le domaine du développement et la reconnaissance des compétences (Dimension Compétence, 1994), l’European Institute for E-Learning (EIfEL, 2001), Europortfolio (2004), l’European Foundation for Quality in E-Learning (EFQUEL, 2008) puis l’Internet of Subjects Forum (ADPIOS, 2010). Ceci a été possible grâce au partenariat avec l’Espace Mendès France, centre de pointe pour la diffusion de la culture scientifique, technique et industrielle de la Nouvelle Aquitaine, activement engagé depuis 2001 sur la question des industries de la connaissance.

        3.Conférence de Serge Ravet

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