Paroles de femmes …


A l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, l’Université Confédérale Léonard de Vinci fait le point sur les questions d’égalité et de genre à travers des témoignages de femmes.

Paroles de femmes …

Catherine Coutelle, députée Groupe Socialiste, écologiste et républicain (SER) de la 2ème circonscription de la Vienne  et personnalité qualifiée du Conseil Académique de la COMUE UCLdV.

1/ Pouvez-vous vous présenter ?

Enseignante-formatrice à l ‘EN puis à l’IUFM  jusqu’en 2003, j’ai exercé diverses fonctions d’élue locale à la Ville de Poitiers : conseillère municipale entre 1983 et 1989, adjointe au maire et vice présidente de la Communauté d’agglomération de Poitiers  de 1989 à 2008. J’ai également exercé des responsabilités dans le domaine des transports et dans ce cadre j ‘ai eu des responsabilités nationales au GART. J ‘ai crée l ‘association « femmes en mouvement ,les transports aux féminins ». Puis de 2001 à 2008, j’ai été responsable du développement économique et de l’Université. Elue députée depuis 2007 pour le Parti Socialiste auquel j’adhère depuis 1983 dès ce premier mandat, j’ai opté pour le mandat unique de parlementaire.

Depuis 2012, date de ma réélection à l’Assemblée nationale, je préside la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. Je suis également membre de la Commission de la défense et des forces armées, et présidente de l’Association interparlementaire France-Canada.

2/ Aujourd’hui a lieu la journée internationale des droits des femmes. Que pensez-vous de cette journée ?

Cette journée, le 8 mars, est nécessaire tant les inégalités entre les femmes et les hommes sont  encore une réalité en France et dans le monde : les écarts de salaires à capacités égales sont encore de 9 %, 82 % des salarié-e-s à temps partiel sont des femmes, seules 16% des maires en 2014 sont des femmes, 220 000 femmes ont déclaré être victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint sur une année, etc…

Mais cette journée est aussi l’occasion de dire que les choses avancent. Je suis fière du bilan de la Délégation aux droits des femmes depuis 2012 : nous avons agi pour imposer la parité  dans toutes les élections  y compris dans les conseils d’administration de l ‘Université en 2017  en doublant les sanctions pour les législatives de 2017 et en créant le binôme paritaire aux élections départementales ; renforcer l’égalité professionnelle par une réforme du congé parental favorisant un partage plus équilibré des responsabilités ; lutter contre les violences en créant de nouveaux outils de lutte contre le harcèlement, et en adoptant la loi visant à lutter contre le système prostitutionnel, mais aussi en créant de nouveaux droits sociaux avec la Garantie contre les impayés de pensions alimentaires (Gipa) qui restera une des grandes avancées de ce quinquennat. Enfin, parce que tout passe par l’éducation, nous avons lancé un plan ambitieux pour l’égalité à l’école, pour lutter contre le sexisme et pour la mixité.

3/ A l’heure de la parité, ressentez-vous encore des injustices dans le cadre de votre domaine professionnel? Pensez-vous que les stéréotypes de genres perdurent?

L’instauration de la parité en politique  et dans les postes de responsabilité est une clé essentielle, tout comme la féminisation des titres. En effet, comment se projeter dans un métier ou dans une fonction qui n’existent qu’au masculin ? Féminiser permet de rendre visible, et ce qui n’est pas nommé est invisible.

Encore aujourd’hui, malheureusement, des représentations sexuées pèsent encore lourdement sur les femmes politiques mais pas seulement et se nourrissent des stéréotypes présents dans tous les champs de la société : à l’école, l’orientation des élèves est différente selon les sexes ; au travail, les femmes sont confrontées à ce qu’on appelle le « plafond de verre » et peinent à accéder aux postes de responsabilité ; dans la sphère privée et dans la famille, les taches domestiques sont majoritairement prises en charge par les femmes, etc.

4/ Avez vous un message à transmettre aux hommes et aux femmes qui souhaitent agir pour l’égalité des sexes ?

Pour agir concrètement, il faut une approche  transversale de l’égalité. C’est une clé essentielle pour lutter efficacement contre les inégalités, en politique bien-sûr, et dans toutes les sphères de la société. C’est cette « approche intégrée » de l’égalité dans l’ensemble des politiques publiques de l’État et des collectivités territoriales, qu’ont souhaité mettre en œuvre le Gouvernement et la majorité depuis 2012.

5/ Quels conseils donneriez-vous aux jeunes filles pour les encourager à suivre votre parcours ?

A mon sens, le combat féministe est universel, c’est la lutte contre toutes les formes de discrimination et pour l’égalité  entre les femmes et les hommes. A l’occasion du 8 mars, j’ai souhaité organiser à l’assemblée nationale, un colloque pour mettre en valeur l’engagement des nouvelles féministes et leur passer le témoin. Le féminisme n’est pas un combat obsolète. Ces nouvelles féministes utilisent de nouveaux moyens d’action : blog ou tumblr, pétitions en ligne, campagnes virales sur Internet et sur les réseaux sociaux, hackaton… La relève est assurée ! Jamais autant d’associations féministes ne se sont créées qu’au cours des dernières années. A ces jeunes filles, je leur dis : engagez vous, battez-vous pour vos droits, pour vos places  et restez toujours attentives. Des événements récents nous montrent que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis ici ou ailleurs dans le monde, on aura toujours besoin de vous toutes.

 

Valérie Legros, Maîtresse de Conférences en Sciences de l’Éducation ESPE de l’académie de Limoges, Vice-présidente déléguée à l’Égalité et à la Qualité de vie à l’Université de Limoges.

1/ Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes et dire pourquoi / comment vous avez accepté de suivre les questions d’égalité et de genre dans votre établissement?

Cela fait plus de 25 ans que je travaille sur les questions d’égalité entre filles et garçons à l’école,  notamment dans le cadre de la formation des enseignant.e.s. Lorsque l’Université a souhaité mettre en place un chargé de mission « égalité », c’est tout naturellement que le Président Jacques Fontanille m’a proposé de porter ce sujet et que j’ai accepté. Cette mission venait compléter le travail que je menais dans le domaine de la formation et de la recherche en me permettant d’agir au sein de l’Université, sur les politiques de ressources humaines ou la vie étudiante. Ma mission a été renouvelée par la Présidence d’Hélène Pauliat et renforcée par la création d’une vice-présidence déléguée à l’Égalité et la Qualité de la vie par le Président Alain Célérier. Il y a donc une parfaite adéquation, dans mon cas, entre mon parcours professionnel et cette fonction de vice-présidente. D’ailleurs, il s’agit bien pour moi d’englober l’ensemble des inégalités et de lutter contre les discriminations qui touchent les femmes comme des hommes  en ayant une démarche globale au niveau de l’établissement et en s’assurant qu’hommes et femmes profitent de leurs droits (congés de paternité comme congés de maternité, par exemple…).

2/ Quel bilan faites-vous des politiques d’égalité dans votre établissement ces 5 dernières années?

Si l’on se concentre sur la Présidence en cours, le champ qui a le plus avancé en termes de résultats, est celui de la prise de conscience de l’existence d’’inégalités entre les femmes et les hommes à l’Université. Le déclencher, en quelque sorte, c’est un projet européen que nous avons déposé, Equalim, dans le cadre des fonds FEDER.  L’objectif de ce projet était de s’appuyer sur des universités européennes qui avaient mis en place des politiques d’égalité efficaces et de s’inspirer de leur expérience pour transposer ces actions ou bien les adapter à l’Université de Limoges.  Cependant, au-delà de l’échange de pratiques, le projet a surtout permis aux personnes directement concernées dans l’établissement de rencontrer leurs homogènes et de se rendre sur place : c’est comme cela que différents services ont été engagés dans la démarche tout comme le niveau politique (ressources humaines, direction générale des services, VP, etc.). D’ailleurs, Alain Célérier, en tant que VP CA, a profité du projet pour se rendre à l’Université de Lausanne où il a pu mesurer l’efficacité de politiques menées depuis longtemps et l’étendue du travail qu’il nous restait à mener en France.

Le projet Equalim a donc eu un double effet : celui de nous donner des idées (Le « Rapport local Equalim Promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes à l’Université de Limoges » répertorie, entre autres, toutes ces pratiques) grâce au répertoire de mesures de nos partenaires européens, il a également permis de sensibiliser aux niveaux clés en interne à l’Université et de créer un environnement favorable pour mettre en place des mesures plus incitatives.

Par exemple, l’un des axes sur lequel Limoges a bien avancé est celui de la carrière des femmes et notamment la question de la promotion des enseignantes—chercheures. Nous étions, à l’Université, dans un cas typique « d’illusion d’égalité » : sans indicateurs ou chiffres précis, nous ne pensions pas discriminer les femmes. En prenant conscience des inégalités, nous avons vu que les statistiques confirmaient cette discrimination : les femmes demandaient moins de promotions que les hommes, et n’étaient pas promus autant que les hommes. Les mesures correctives que nous avons mises en place ont permis de rattraper la situation dans les 2 ou 3 années qui ont suivi cette prise de conscience et nous avons maintenant la parité dans les promotions.

3/ La journée internationale des droits des femmes est-elle particulièrement marquée ou votre établissement a-t-il adopté une démarche autre?

Nous avons décidé, au niveau de l’établissement, de cibler une communication sur des évènements internes à l’Université donc nous n’avons pas de point particulier le 8 mars. En revanche, nous aurons une communication sur un sujet d’actualité le 25 novembre. Il s’agit en effet de la question du harcèlement sexuel, nous n’en sommes qu’au tout début du processus, mais je travaille en collaboration avec Christophe Ragey, notre Vice-président Étudiant. L’Université de Limoges vient de se doter d’un groupe de travail sur le harcèlement sexuel. Ce groupe a pour objectif de lutter contre le harcèlement sexuel en lançant des campagnes de sensibilisation, en mettant en œuvre des formations à destination des femmes et des hommes, et en mettant en place un dispositif d’écoute et d’accompagnement des victimes de harcèlement. Ce groupe de travail associe des représentant.e.s des étudiant.e.s, des personnels et de l’administration.

4/ Quels sont, aujourd’hui, les enjeux que vous identifiez et que vous aimeriez travailler à trois établissements?

Un enjeu très important pour notre Université est la communication non-sexiste : c’est un sujet qui touche à la fois nos publics cibles mais aussi les personnels en interne à l’établissement. A ce stade, je prévois surtout de lancer une formation pour les personnels de l’Université car cela nécessite une bonne connaissance de notre communication et la formation doit être spécifiquement adaptée au public dont on doit mesurer les besoins, les difficultés et les résistances, mais un échange de pratiques sur ce sujet peut être fait auprès de l’ENSMA et de l’Université de Poitiers. En revanche, une formation sur l’égalité, ouverte à tous les personnels des établissements membres de la COMUE permettrait d’identifier les problèmes d’inégalités qui existent et de voir les spécificités de chaque établissement pour envisager des explications puis des solutions. Le sujet de la carrière des femmes me semble aussi intéressant, notamment la difficulté que l’on a à les « engager » sur des responsabilités : elles n’ont pas le temps, elles ne veulent pas… Bien que nous ayons une politique volontariste pour que les femmes aient accès à ces postes, les volontaires font défaut. Nous pourrions travailler ensemble à des solutions communes dans le cadre d’échanges avec d’autres Universités plus en avance sur ce sujet.

5/ Que manque-t-il, au niveau national (du ministère voire au-delà) pour renforcer les avancées ou aller plus loin? Auriez-vous un message fort à faire passer auprès du ministère (enseignement supérieur, recherche et innovation) ou des instances de représentation des établissements (les conférences, CPU, CDEFI, CTI).

Je regrette que le ministère ou la CPU n’aient pas pleinement pris conscience de la chance qu’ils avaient de pouvoir se reposer sur la Conférence permanence des Chargé.e.s de mission Égalité et Diversité des établissements d’enseignement supérieur (CPED). La CPED est un réseau national qui fonctionne bien et qui est un appui et un lieu de riches échanges de pratiques pour tous et toutes les chargé.e.s de mission mais qui n’a pas le soutien financier de la DGESIP ou de la CPU que l’on pourrait espérer—alors que la CPED, en fin de compte, met en œuvre, pour la CPU et la DGESIP, la politique d’égalité de la loi ESR de juillet 2013. La CPED fournit beaucoup d’informations, inspire en grande partie la feuille de route pour l’égalité du ministère, mais il semble pourtant difficile d’obtenir des subventions suffisantes à bien fonctionner…. Ce 8 mars pourrait être l’occasion de rappeler qu’une politique d’une telle ampleur nécessite quelques moyens !

Pour en savoir plus :

Projet EQUALIM, l’égalité en construction à l’Université de Limoges. Entretien avec Valérie Legros et Martine Vinson, responsables scientifiques du projet.

http://www.unilim.fr/international/2015/09/07/equalim/

Séminaire International EQUALIM, Canalsup, la chaîne de l’Université de Limoges.

https://www.youtube.com/watch?v=DK3EOvQnzyo

Bureau Égalité de l’Université de Limoges :

http://wp.unil.ch/cavousestegal/2015/11/la-politique-egalite-de-lunil-fait-echo-en-france-ii/

33 rue François Mitterrand
BP 23204
87032 Limoges - France
Tél. +33 (5) 05 55 14 91 00